ROMAN DE GARE

ROMAN DE GARE

A l’approche du nouveau film évènement de Claude Lelouch, qui sera présenté à Cannes, il est bon de revenir sur un « petit » film qui a, mine de rien, relancé sa carrière. "Roman de Gare" marquait en effet le retour en forme et en force pour Claude Lelouch après une série de ratages (son dernier vrai bon film remontait à loin) et de lynchages critiques parfois franchement justifiés (il faudrait aussi que Claude se rende compte qu’il a tourné des merdes et que les critiques n’ont pas toujours eu tort). Ce coup-ci, il a tourné son film dans l’anonymat (sous un pseudonyme, Hervé Picard) et a payé 4 millions d’euros de sa poche pour le réaliser. Il fallait passer outre la bande-annonce peu aguicheuse pour se plonger sans regrets et avec délice dans le nouveau Lelouch…


 


Avec "Roman de gare", le cinéaste tente comme toujours de (re)faire du cinéma à l’ancienne avec de vieilles recettes. Mais cette fois-ci, en s’attaquant au thriller et en s’éloignant de Paris (se partagent ici le Rhône-Alpes, la Côte d’Azur, la Bourgogne puis Paris), il fait mouche. Jouant, comme le titre l’indique, sur les codes et les stéréotypes de ces romans de gare (comme le dit l’avocat, on est dans un vrai roman de gare), mais aussi des feuilletons (dés la première séquence en noir & blanc et qui ouvre le récit en flash-back), Lelouch s’amuse comme un petit fou (il avoue avoir fait le film qu’il aurait aimé voir) à développer son histoire tordu et à manipuler le spectateur. Là ou beaucoup de réalisateurs français tentent de faire des thrillers sophistiqués à l’américaine et échouent, Lelouch trousse un thriller à l’ancienne, et c’est une belle réussite…


 


"Roman de gare" se divise en deux grandes parties, comme deux grands chapitres qui se font écho. C’est surtout dans la première partie que Lelouch surprend, en jonglant sur les probables identités du personnage de Dominique Pinon. Est-ce un prof de lettres qui a tout plaqué ? Est-ce le serial-killer (le « magicien ») qui vient de s’évader ? Est-ce le « nègre » d’une grande romancière ? Cet homme étrange rencontre une jeune femme, Huguette « la midinette », qui vient de se faire abandonner sur une aire d’autoroute par son fiancé alors qu’elle allait le présenter à ses parents à la campagne. Le mystérieux individu lui propose de l’aide et va alors se faire passer, pendant quelques heures, pour le fiancé de la jeune femme désemparée, avec l’accord de cette dernière, bien entendu.


 


Grâce au jeu impressionnant de Dominique Pinon, qui joue encore une fois beaucoup sur son physique atypique et brouille quasiment à lui-seul les pistes via de simples petites attitudes, des tics ou des regards (à ce titre, la séquence dans la voiture est saisissante), on se laisse emporter par ce récit tendu, imprévisible (on craint l’instant ou cet homme risque de déraper), faussement paisible voir même dérangeant (cf. quand il part seul vers la rivière avec la fille d’Huguette). Mais au sein même de ce suspense très prenant, Lelouch, qui est avant tout un réalisateur de comédies (dramatiques, romantiques, ou comédies tout court), parvient à insérer de savoureuses touches d’humour. Celles-ci constituent même parfois le suspense (cf. le haineux qui déchire L’Equipe parce qu’il ne supporte pas le sport). Dans "Roman de gare", on sourit et on flippe en même temps.


 


La seconde partie, qui confronte Dominique Pinon à une Fanny Ardent ardente (facile, oui), est tout aussi surprenante mais moins captivante, peut-être parce que le dénouement de cette intrigue est moins cohérent (certaines séquences ne sont pas crédibles une seconde, par exemple l’arrestation sur le plateau télé) et pas aussi malin que le reste, et parce que l’identité du personnage de Pinon a été révélée. Dommage aussi que le cinéaste s’attarde sur les personnages sans intérêt de Zinedine Soualem et de Michèle Bernier (en plus d’ajouter


quelques incohérences liées à ces personnages, comme dans les réactions du commissaire). Mais la tension est toujours là et les relations entre Ardent et Pinon, superbe couple de cinéma comme Lelouch n’en avait pas magnifié depuis longtemps, ont de quoi accrocher et séduire, surtout avec de si beaux dialogues (c’est avant tout un film de littérature). Le cinéaste joue avec la curiosité du spectateur sur un récit linéaire et continue de jongler avec malice sur les fausses pistes, les suppositions, les doutes et les révélations. Il y a enfin une vraie complicité entre le cinéaste et son public.


 


On retrouve également la touche Lelouch : du Gilbert Bécaud à la bande-son, les plans à travers les vitres, les plans qui insistent sur les visages, l’utilisation récurrente de fondus enchaînés et quelques artifices datés, etc. jusqu’à sa passion pour l’automobile (cf. les génériques de début et de fin, avec la caméra placée sur le capot d’une belle caisse lancée à vive allure. On pense au fameux court-métrage du réalisateur, "Rendez-vous"). Lelouch vire même parfois à l’autocitation (ce qui deviendra assez récurrent et plus visible dans ses films suivants), disons plutôt au clin d’œil, comme dans ce joli final « à la Lelouch ». Il instaure une atmosphère éthérée et léchée (belle qualité d’image, en HD), une atmosphère d’errance parfois glacée et parfois feutrée.


 


En plus d’avoir réussi avec brio son passage au genre (qu’il a peu abordé au cours de sa longue carrière), Lelouch a surtout eu la bonne idée, peut-être la meilleure du film, de placer Dominique Pinon en tête d’affiche, ce qui est trop rare. Sa performance (on ne sait même pas si l’on doit parler de sobriété ou de cabotinage), pivot du film, fait d’autant plus regretter que ce comédien trop souvent cantonné aux seconds rôles soit si sous-employé. Fanny Ardent est finalement plus secondaire mais toujours aussi flamboyante. Enfin, Lelouch nous offre une belle révélation, remarquée dans sa production "Nos Amis les terriens" : la magnifique et naturelle Audrey Dana (des airs de Marion Cotillard et de Mélanie Laurent, autrement dit : elle est craquante), qui aura une belle carrière par la suite et qui retrouvera le cinéaste dans le superbe "Ces Amours-là"…


 


Beau film sur le mensonge (les faux-semblants), la manipulation, l’inspiration et la création artistique (c’est un véritable best-seller qui se construit devant nos yeux, le spectateur du film devient le lecteur d’un livre), "Roman de gare" est aussi ludique, captivant (ça passe très vite), savoureux, candide, décalé (donc invraisemblable), un peu vieillot (mais cette fois, ça a du charme) et sans prétentions que ne peut l’être un roman de gare, mais également aussi éphémère, puisque le plaisir éprouvé pendant la séance s’escompte un peu quelques heures après. Ca fait quand même plaisir pour ce cinéaste si méprisé voir haïs par la critique que son nouveau film, présenté à Cannes, ait reçu un accueil critique et public chaleureux.


 


Jonathan Charpigny


 



Publié le 28 avril 2019 Facebook Twitter

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