Lady Sings the Blues

Lady Sings the Blues

Sorti en 1972 puis tombé peu à peu dans l’oubli en dépit du succès de la bande-originale (Diana Ross + Billie Holiday + Michel Legrand + Motown, forcément) et du livre homonyme qu’il adapte, Lady Sings the Blues est ressorti en 2018 dans une superbe copie restaurée, ce qui a permis de découvrir cet incroyable biopic sur Billie Holiday jouée par Diana Ross, et de comprendre pourquoi il a été occulté.


La vie compliquée de la chanteuse n'allait évidemment pas donner un film très positif, ni même une grande success-story comme Hollywood en raffole. En effet, loin des biopics académiques à succès (et à Oscars) construits sous la forme ascension/gloire/chute, des films plus récents comme Ray (Ray Charles), Get on up (James Brown), Walk the line (Johnny Cash) ou Bohemian Rapsody (Freddie Mercury), Lady Sings the Blues va s’attarder, du début à la fin, sur un long calvaire, au fil d’un récit douloureux dans lequel le bonheur est fugace, ou le répit est de courte durée (sa rencontre avec son fiancé Louis McKay, le début de sa première tournée…), et où plane sans cesse le danger et la noirceur, le film étant ainsi plus proche du Control (Ian Curtis) d’Anton Corbijn ou du Bird (Charlie Parker) de Clint Eastwood, mais aussi de documentaires torturés comme Amy (Winehouse) ou Whitney (Houston), des films décrivant la dépendance et l’autodestruction d’icônes de la musique parties trop tôt. Lady Sings the Blues est d’ailleurs l’un de ces premiers biopics musicaux dévoilant les coulisses sales du show-business et la vie tumultueuse tragique d’une star.


Le réalisateur Sidney J Furie, esthète adepte des expérimentations narratives et visuelles, et connu pour ses films sombres et stylisés (de l’anti-James Bond Ipcress avec Michael Caine au terrifiant L’Emprise en passant par le western sec L'Homme de la Sierra avec Marlon Brando), va se servir de la vie difficile de la star (violée dans son adolescence, domestique dans un bordel, prostituée, addict à l’héroïne, victime de discrimination, poursuivie en justice etc.) pour faire ressortir toutes les névroses de l’Amérique des années 30, les ravages du racisme et de la drogue, le peu de considération de la femme (qui plus est noire) dans la société d'alors (et finalement encore d'aujourd'hui)… En dépit d’un entourage plus ou moins bienveillant, de son ami pianiste (Richard Pryor, qui a également incarné l’année suivante l’addiction à l’héroïne dans le sulfureux Sleeping Beauty) à son boyfriend (Billy Dee Williams dans son premier grand rôle au cinéma) qui fera tout ce qu’il peut pour l’aider, Billie Holiday va littéralement subir l’Amérique et lutter contre elle tout en essayant non seulement de réussir mais surtout de survivre. Ce n’est pas un hasard si Billie Holiday devient accro à l’héroïne (apportée par un musicien blanc) pendant sa tournée à travers le sud des Etats-Unis, assistant aux ravages de l’Apartheid et perdant peu à peu la motivation qui l’animait. Sur un sujet pourtant à priori glamour et avec des stars qui ne le sont pas moins, le film s’inscrit ainsi et contre toute attente dans la noirceur subversive du Nouvel Hollywood.


Les instants de joie et de succès sont parfois représentés, pour ne pas dire expédiés, par le biais d’un montage photographique faisant ironiquement écho au roman-photo ou à un article de presse. L’ascension vers la gloire, inévitable puisqu’il s’agit quand même d’une légende du jazz (difficile de ne pas raconter comment la petite Eleanora Fagan est devenue Billie Holiday), est ici ellipsée, repoussée, tardive, et même le point culminant de sa carrière et du film, à savoir son concert au mythique Carnegie Hall (c’est la première fois qu’une chanteuse de jazz se produisait dans cette grande salle d’opéra), n’est pas montré de façon positive, car on comprend qu’elle chante en étant complètement défoncée, qu’elle ne décrochera jamais et qu’elle en mourra, ce que confirme d’ailleurs la suite. Comme Ethan Hawke en Chet Baker dans Born to be Blue, la chanteuse ne parviendra à s’épanouir (et à chanter) que sous l’effet de l’héroïne. Les belles séquences chantées sous les acclamations du public masquent ainsi misère et désespoir, symbolisant une Amérique qui utilise le spectacle pour cacher ses vices. On peut penser aussi au flamboyant et magnifique The Rose de Mark Rydell, biopic déguisé de Janis Joplin, sorti quelques années après, l’addiction à l’alcool remplaçant l’addiction à la drogue.


Malgré ce déferlement de violence sourde et cette description désenchantée tant d’une Amérique malade et hypocrite que d’une vie aussi courte qu’intense, jamais le film ne va sombrer dans le pathos larmoyant ou le misérabilisme gratuit, car le réalisateur garde de la distance, fait preuve d’une sobriété parfois glaciale dans l’accumulation des malheurs, dans un style âpre qui lui est propre, et utilise des ellipses audacieuses qui ne montrent rien mais en disent long (par exemple pour représenter le viol, le passage à la prostitution ou le passage à la drogue), tout en maintenant cependant le rythme entrainant (Michel Legrand aidant) d’un biopic jazz seventies à la reconstitution impeccable et à l’histoire d’amour bel et bien présente, le tout étant produit en partie par la Motown. Intense, dur, fiévreux et mélancolique, ce biopic sombre est porté par la fascinante incarnation quasi-fusionnelle de Diana Ross, dont l’Oscar lui échappa de peu pour cette performance habitée et authentique.


Jonathan C.


lady sings affiche


lady sings diana ross



Publié le 02 juin 2019 Facebook Twitter

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